Jérôme Coppel : « J’ai quitté le vélo, mais pas le besoin de me challenger »
« Ce n’était pas du tout une décision difficile »
Tu as quitté le peloton assez jeune, à 30 ans. Est-ce que c’était un choix anticipé ou une décision difficile à prendre ?
Non, c’était totalement anticipé. On oublie souvent que j’avais commencé le sport de haut niveau très tôt, à 15 ans en ski de fond. Au final, j’ai fait 15 ans de haut niveau, donc ce n’était pas si court que ça. Ça faisait déjà deux ans que je réfléchissais à arrêter, donc la décision était mûrie. Et puis mon équipe, IAM Cycling, s’arrêtait cette année-là, donc tout était aligné. Je ne me voyais pas repartir dans une autre structure. Franchement, ça n’a pas été une décision difficile.
« J’avais déjà préparé la suite »
Tu es passé de coureur à consultant média : qu’est-ce qui t’a attiré dans ce rôle ?
J’avais anticipé ma reconversion. En 2015, après une blessure à la main qui s’est révélée plus sérieuse que prévu, j’ai dû arrêter pendant plusieurs mois. Ça m’a laissé le temps de réfléchir et de me former au coaching. Ensuite, j’ai structuré ça en 2017, et dès 2018, j’ai commencé comme consultant sur le Tour de France pour RMC. Ce rôle m’a tout de suite plu, parce qu’il mélange analyse, transmission et proximité avec le sport.
« Mon regard sur les journalistes a complètement changé »
Aujourd’hui, comment tu analyses les courses ? Ton regard a-t-il évolué ?
Oui, énormément. Aujourd’hui, je travaille à la fois pour RMC et pour une chaîne TV, donc je couvre des courses très différentes, du Tour de France à des compétitions plus locales. Parfois je suis sur place, parfois je commente à distance. En tant que coureur, je ne voyais que mes propres contraintes. Maintenant, je comprends la complexité du travail des journalistes, de l’organisation. J’ai aussi beaucoup d’admiration pour les amateurs qui jonglent entre leur travail et leur passion, presque plus encore que pour les pros.
« Mon rôle, c’est de faire gagner du temps aux gens »
Qu’est-ce que tu transmets aujourd’hui aux athlètes que tu accompagnes ?
Je leur partage surtout mon expérience pour leur faire gagner du temps. Je ne leur impose pas des méthodes de pro, mais je leur donne des conseils concrets sur la technique, la position, l’entraînement. Moi, j’ai commencé le vélo tard, donc j’ai appris à
mes dépens que plus s’entraîner ne veut pas dire mieux progresser. J’essaie de casser certaines idées reçues et de leur faire comprendre que chacun doit trouver son propre rythme. Même avec un travail à côté, on peut progresser efficacement.
« PowerWatts est né d’un besoin concret »
Tu as cofondé PowerWatts : qu’est-ce que tu voulais apporter de différent ?
À l’époque, beaucoup de mes amis me demandaient des conseils l’hiver, surtout en Haute-Savoie où c’est compliqué de rouler dehors. L’idée, c’était de créer un lieu où tout le monde peut s’entraîner efficacement, quel que soit son niveau, et arriver en forme au printemps. On propose des séances structurées, adaptées à chacun, mais aussi un accompagnement pour comprendre ses sensations et sa puissance. L’objectif, c’est que les gens deviennent autonomes.
« Le rôle de directeur sportif ne m’attire pas sur le long terme »
Tu as obtenu ton diplôme de directeur sportif : tu te vois revenir dans le World Tour ?
Pas vraiment. J’ai essayé, notamment pour aider une équipe, et j’ai aimé l’accompagnement, mais ce n’est pas ce que je veux faire à long terme. Si je devais revenir, ce serait plutôt avec des jeunes ou des équipes en développement. Aujourd’hui, je suis très épanoui dans mon rôle de consultant, sans être au cœur de la pression du peloton.
« Le plus dur, c’est de retrouver des défis »
As-tu ressenti le “vide” après ta carrière ?
Ma reconversion s’est faite assez vite, donc je n’ai pas eu de vrai vide. Mais ce qui m’a manqué, ce sont les défis. Quand tu es sportif, tu as toujours un objectif. Après, une fois les projets lancés, il faut retrouver cette stimulation. Aujourd’hui encore, après un Tour de France, je ressens ce besoin de pression, de challenge. C’est quelque chose qui ne disparaît pas.
« La donnée est utile, mais le plaisir reste essentiel »
Ton profil analytique t’aide-t-il aujourd’hui ?
Oui, énormément. Que ce soit comme consultant ou comme coach, ça me permet d’expliquer les stratégies, notamment sur les grandes courses. Aujourd’hui, les outils comme les capteurs de puissance sont accessibles à tous, mais peu savent vraiment les utiliser. Moi, j’essaie de guider sans noyer dans les chiffres, parce que le plus important reste le plaisir.
« Aujourd’hui, j’ai plus de responsabilités… et plus de pression »
Qu’est-ce qui te plaît dans ta nouvelle vie par rapport à celle de coureur ?
Ma vie de coureur était incroyable, mais très centrée sur la performance. Aujourd’hui, j’ai une vie plus stable, je rentre plus souvent chez moi. Mais paradoxalement, j’ai aussi plus de pression : j’ai des salariés, des responsabilités. C’est différent, mais tout aussi exigeant. J’ai la sensation d’avoir vécu plusieurs vies, et c’est une vraie chance.
« On peut toujours faire mieux »
Avec du recul, considères-tu ta reconversion comme une réussite ?
Oui, j’en suis fier. Mes projets fonctionnent, je touche beaucoup de monde, et j’arrive à transmettre ma passion du vélo. Mais je suis quelqu’un qui pense toujours qu’on peut faire mieux. C’est à la fois une force et un défaut. J’ai encore envie de relever de nouveaux défis, même si je considère déjà cette reconversion comme une vraie réussite.
